Thursday, September 10, 2015

Hervé Kempf: fin de l'Occident, naissance du monde


Texte de réflexion

      Pour limiter les dégâts du Changement Climatique dus au gaz carbonique (CO2), il a été proposé de limiter l'émission de CO2 à 700 milliards de tonnes d'ici 2050.

Hervé Kempf: fin de l'Occident, naissance du monde (Éditions du Seuil, Paris, 2013), page 60 (emphase ajoutée):

       "Sur quarante ans, ce budget de 700 milliards de tonnes représente environ 2 tonnes et demie par humain et par an. C'est à peu près le volume émis aujourd'hui par un Indien ou un habitant d'Amérique latine, mais en dessous de la moyenne mondiale, qui est de l'ordre de 5 tonnes. Un chinois émet en moyenne 6 tonnes, un Européen ou un Japonais 9, un États-unien 18, un Africain, moins d'une tonne.

       La logique des chiffres est claire: les habitants des pays riches doivent réduire fortement leurs émissions. Mais aussi, de plus en plus, certains pays émergents comme la Chine, qui excèdent déjà le niveau souhaitable du point de vue du bien-être mondial et durable.
 ...
       Récapitulons:

- Nous vivons un moment historique de convergence, ou d'égalisation, des conditions matérielles d'existence.

- Il se produit dans un contexte de dégradation écologique tel que, si nous laissons se poursuivre celle-ci, l'amélioration de la condition humaine ne sera plus possible.

- Le mur écologique (limites à la croissance, physiques et écologiques) implique que l'égalisation mondiale se produise par un abaissement de la condition des plus riches, et donc par une réduction de la consommation matérielle des pays occidentaux.

        La conjonction de ces phénomènes historiques - la convergence de l'ensemble du monde vers des conditions matérielles d'existence semblables et la gravité de la crise écologique - dessine l'évolution de l'histoire dans les prochaines décennies.

         Il y aura deux façons de vivre cette évolution:

- soit les pays occidentaux et les autres pays riches tenteront de bloquer cette tendance historique, et les rivalités pour l'accès aux ressources, notamment, s'accroîtront, jusqu'à multiplier les guerres;

- soit les sociétés occidentales s'adapteront volontairement à ce courant historique, et le monde pourra alors faire face à la crise écologique de manière pacifique, tendant vers la formation d'une société planétaire certes traversée de tensions, mais rendue cohérente par l'intérêt commun de la survie dans les meilleures conditions possibles.

           Le choix entre ces deux adaptations n'a pas encore été fait, ce dont on ne saurait s'étonner dans la mesure où la situation est encore confuse et où les enjeux ne sont pas encore perçus par les populations. " (fin citation)

          J'ai choisi ce morceau parce qu'il illustre bien le nerf de la guerre de nos défis actuels: surpopulation, développement soutenable, équité sociale et accès à la richesse - naturelle ou culturelle - collectives,..
  
         "Tout le monde" - ou presque - est d'accord. On devrait réduire nos émissions de gaz carbonique. Sauf que.. les émissions continue à grimper.

 Concentration atmosphérique de CO2 en parties par million depuis 1960
(observatoire de Mauna Loa, Hawaii)


 PPM de gaz carbonique depuis 1700 provenant des carottes de glace des glaciers avant 1958, l'observatoire de Mauna Loa après

            Effectivement, comment convaincre le monde des pays riches à réduire leur "consommation matérielle"? C'est pas facile! La publicité nous "programme" de faire exactement le contraire!

            Pire! Les profits - donc les ventes - donc la consommation - sont le sang et la vie des corporations multinationales, celles qui sont les vrais Maîtres du Monde actuel. Tout ce qui touche à des profits des "Multis" est défendu, on comprend..

           Mais, parce que tout le monde veut paraître vertueux, ces mêmes Multis lancent des "produits verts" qui détruisent un peu moins l'environnement soit dans leur production, soit dans leur usage, soit les deux. L'acheteur se sent rassuré: il a fait "sa part", il "protège" le monde pour que ces enfants et petits-enfants peuvent vivent bien et s'épanouir. Le hic: ces produits n'adressent pas le vrai problème que M. Kempf a souligné. Il faut que les gens des pays riches voit la lumière: il faut changer nos façons de vivre, de faire, d'agir.. Il faut que les gens des pays riches se donnent le temps d'analyser la situation actuelle et se proposent des solutions concrètes et faisables. En fait, nous avons déjà pas mal de solutions en main mais la volonté de s'en servir collectivement nous manque encore. Des campagnes de désinformation très efficaces provenant des industries de l'énergie fossile et des "think tanks" à leur solde ont émoussé des tentatives de lancer l'économie verte (surtout aux États-Unis):

http://transparencycanada.blogspot.ca/2015/08/the-organisation-of-denial-conservative.html

          Il faut que les populations des pays riches prennent l'initiative et commence à s'organiser (! Auto-organisation !) aux niveaux locaux et régionaux, qu'elles commencent à réduire leur empreinte écologique. Surtout, il ne faut pas attendre que nos gouvernements fassent quelque chose! Nos gouvernements ont été infiltrés par les lobbys des Multinationales afin de maximiser les ventes et les profits de ces dernières. Il faut plutôt que les citoyens s'affirment et exigent l'engagement actif de l'État. L'État doit régler la pollution et le gaspillage des matières premières et de l'énergie. Où il y a volonté, il y a moyens. Aujourd'hui c'est la volonté collective qui manque dans les pays riches. On voit partout les indices qu'une telle volonté existe déjà  - dans un état "latent". Le fait que les "produits verts" sont vendable l'indique. Se rendre au bureau à vélo est devenu chose banale dans biens des grandes villes. Des gouvernements commencent à se rendre compte de l'importance future du transport commun. La volonté du changement existe, ou, mais il est encore "latente", trop latente - le temps presse..

          Qu'est qu'on peut faire pour accélérer cette prise de conscience dans les pays riches?

         - ou bien, faut-il attendre de grandes mortalités à cause de la hausse du niveau de la mer avant d'agir? Et si l'on attend, sera-t-il trop tard pour agir?



Hervé Kempf: ibid, page 72: "La grande convergence historique pose fondamentalement la question de l'équité mondiale, tandis que la crise écologique historique pose celle de la répartition de ressources biosphériques limitées.

          Mais ce n'est pas le chemin que prennent les classes dirigeantes dans le monde d'aujourd'hui. Face aux difficultés, que appellent de leur part un changement radical d'optique, elles se cabrent au contrarie et tentent conserver à tout prix l'ordre ancien - leur ordre." 

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